SA2019: encore un leurre pour les braves gens

Les braves gens, sont ceux évoqués dans cet article du journal Le Monde, le 10 décembre 2017. Il évoque l’évolution du RER de sa création à notre époque. Le RER, symbole de la mobilité moderne est devenu la machine à déclasser et à exclure d’un Grand Paris borné par son nouveau métro.

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A lire donc avec attention pour préparer le 9 décembre 2018, le jour où les vallées de la Seine et de l’Essonne sont détachées de l’Ile de France et ses richesses.

Pour mémoire, des vidéos trouvées à l’INA sur les inaugurations successives:

 

Le RER et les « braves gens ».
Lettre et chronique – Benoît Hopquin.
Le Monde – Dimanche 10 décembre 2017.

Le reportage date du 8 décembre 1977. Il a été tourné dans, ou plutôt sous Paris. Quarante ans… C’est peu ou prou le temps de la vie active, la durée du turbin, de la punition pour avoir ses trimestres de cotise… Car c’est une bien longue peine, quarante ans de travaux forcés. En Ile-de-France sans doute plus qu’ailleurs. Un sacré bail de petits matins ensommeillés et de soirées épuisées, de pas pressés et de repas vite avalés, de couloirs interminables et de journées sans fin. Métro-boulot-dodo, comme une pénitence. Car c’est de cette sainte trilogie qu’il était question dans ce petit film quadragénaire.

En ce temps-là, pourtant, la RATP, c’était quelque chose ! Les conducteurs portaient beau et particule. Ils avaient des costumes en mohair, s’exprimaient la bouche en cul-de-poule. Ils vous donnaient du  » Bonsoir madame, bonsoir monsieur  » ou du  » Au revoir « .

Ce 8 décembre 1977, Valéry Giscard d’Estaing conduisait donc le RER qui inaugurait la gare de Châtelet-Les Halles, ouverte au coeur de la capitale. Le digne cocher arrêta un peu rudement sa calèche, aux dires des esthètes d’alors. Le chef de l’Etat et chef de gare s’était isolé avec le nouveau maire de -Paris, Jacques Chirac, dans un compartiment de deuxiè-me classe. A l’évidence, il était encore possible d’avoir une conversation privée dans une rame et même des éclats de voix, sans déranger quiconque. S’ils rentraient aujour-d’hui dans le même wagon, ces deux particuliers sauraient vraiment ce qu’est un bain de foule.

Les images de l’INA semblent aussi désuètes que si ce train-là était entré en gare de La Ciotat. Et pourtant, Châtelet-Les Halles ne semble pas avoir bougé d’un carreau de faïence. La station est figée dans ces années 1970, comme un musée des illusions que charriait cette époque. Le vaste hall d’interconnexion était l’aboutissement de quinze ans de travaux pour offrir aux banlieusards le -réseau express régional.

Commencé au début des années 1960, le chantier fut plus long et plus coûteux que prévu, preuve que tout n’était pas toujours mieux avant. Le Monde expliquait alors que le percement souterrain se faisait à la vitesse de 26 mètres par jour. On sait des grincheux qui prétendront que le RER n’a guère accéléré depuis. Dans un récent article du Parisien, un conducteur à la retraite se rappelait ses premiers voyages au long cours, d’un bout à l’autre de la banlieue.  » On était les rois ! « , se glorifiait cet aristocrate, ci-devant sis à l’avant. Question noblesse, question branche (du RER bien sûr), Giscard d’Estaing avait trouvé de dignes successeurs en cabine.

Sitôt lâchées les manettes, le président avait vanté  » des transports en commun plus confortables, non encombrés, d’accès facile « . Il ne mentait pas. Que d’usagers heureux fit d’abord le RER ! Ce bout de métal changeait leur vie, les rapprochait de leur travail, leur donnait le bien le plus précieux : le temps. C’était une balade au quotidien, le nez au vent, du moins à la vitre, presque un moment de poésie.  » Les portes du métro sont automatiques « , bel alexandrin du quotidien. Belle révolution aussi ! Dans un tonnerre de ferraille, la banlieue, autant dire la plèbe, entrait dans Paris, avec le seul octroi d’un ticket. Jean-Marc Théolleyre, dans Le Monde, décrivait ainsi en 1977 les bénéficiaires de ces nouvelles lignes :  » Des braves gens, des gens qui doivent chaque jour trouver de quoi manger et chaque mois de quoi payer leur loyer, ceux qui partent le matin et rentrent le soir. « 

De fait, le RER fut d’emblée plus qu’un mode de transport : un mo-de de vie. Il a incarné le rêve pavillonnaire des classes moyennes, la promesse d’une chambre pour chaque gosse et d’un coin de jardin pour la balançoire et le barbecue. Ce modeste privilège, il fallait le chercher toujours plus loin vers le bout de la ligne. L’idéal familial se payait de levers toujours plus précoces et de retours toujours plus tardifs, jusqu’à faire ressembler la maison à une grotte seulement éclairée à la lumière artificielle. Les annonces immobilières disaient :  » Vingt minutes de Châtelet par le RER « . Mon oeil !

Le terminus des prétentions.

Pour d’autres, sans doute les plus nombreux, le RER s’imposa d’emblée comme la part du pauvre. Pas d’autre choix que de vivre loin de Paris et de ses loyers. Ceux-là ont atterri dans ces barres d’immeubles qu’on appelle cités et qu’on appelait  » cages à poules « .  » Qu’il est blême mon HLM « , chantait déjà Renaud, en ces années pionnières. Ces naufragés sont les enfants d’un mirage, celui des villes nouvelles, contemporain du RER qui devait en être le fil d’Ariane. Quelque chose comme la blague d’Alphonse Allais,  » construire les villes à la campagne « , qui aurait viré à la mauvaise plaisanterie.

Ces deux banlieues, ces deux catégories de  » braves gens  » ne se croisent plus guère dans la vie. Sauf dans le RER. D’une commune à l’autre, le bourgeois traverse la zone, le prolo longe les pavillons.

Quarante ans qu’ils prennent donc le RER, tous ces  » braves gens  » qu’on dit aujourd’hui les vraies gens. On connaît la suite. Le terminus des prétentions. La traversée de Paris comme un parcours du combattant. La saturation du réseau et de l’usager. Les stations devenues chemin de croix. Chaque jour, 3 millions de passagers sur les cinq lignes. Plus de 2 500 personnes dans une ra-me, un bourg transporté toutes les deux minutes. Les pannes, les accidents, les malaises voyageurs, les grèves (on en annonce une nouvelle le 12 décembre).

Qu’est-ce qui a déraillé ? La réponse se trouve paradoxalement dans le New York Times. Un récent éditorial, au vitriol, constatait que, depuis les mêmes années 1970, dans la métropole américaine, les milliards ont été détournés des transports du quotidien vers d’autres usages, plus prestigieux. Mêmes causes, mêmes effets. Les  » braves gens  » de New York subissent aujourd’hui des affres pires que ceux de Paris. Maigre consolation pour ces derniers. D’autant qu’on leur promet encore dix ans de galère, le temps qu’aboutissent les chantiers du Grand Paris. -Vivement l’inauguration ! »

par Benoît Hopquin

A propos Jean Féret

Conseiller municipal ... mel: jean.feret @ mennecy.net ... tel: 06 74 09 27 07
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